Dans mon autre vie, j'étais logisticienne. Donc la production, les usines, etc ont fait partie de mon quotidien pendant des années. Si je sais comment on fabrique des éponges, des grattons, des post-it ou des sacs Louis Vuitton, je n'avais aucune idée des méthodes de fabrication pour la vaisselle.
Avant, quand je regardais une assiette, je voyais une assiette, idem pour un bol, une tasse ou n'importe quelle pièce de vaisselle. C'est déjà pas mal, me direz vous. Seulement voilà, ce disque de porcelaine, décoré ou uni, qui fait une assiette, c'est bien plus que cela ... Vous voulez voir ? suivez moi dans la visite de l'usine Guy Degrenne d'Alföld, en Hongrie !

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un échantillon de toutes les pièces fabriquées dans cette usine

Commençons par le commencement : cette usine emploie 218 personnes et fabrique 1000 formes différentes de vaisselle et au final 12000 références, en fonction des décors, des coloris, etc. Et la première chose qui m'a frappée c'est que malgré ces quantités de vaisselle, les employés réalisent un vrai travail d'artisan !

La première étape est sans aucun doute la réalisation du "gabarit" ou du moule, dans lequel on va venir couler la matière.

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stockage des gabarits dans l'usine

La matière se présente sous forme de poudre (de la pâte déshydratée) ou de pâte humide (imaginez de la glaise comme celle des ateliers poterie), la poudre étant utilisée pour les grosses pièces (soupière par exemple) et la pâte pour les petites (tasses, etc). Certaines pièces sont fabriquées en un bloc comme ces cafetières :

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alors que d'autres nécessitent des assemblages : les anses sont moulées à part puis montées sur les pièces ensuite.

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un vrai travail manuel !

A ce stade, les pièces sont cuites au four une première fois, à 950°C ! Elle subiront en tout 3 cuissons, allant de 24 à 48h à chaque fois (il en faut du temps pour faire de belles pièces !).

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l'écran de contrôle des températures des fours.

Une fois sorties du four, les pièces sont ensuite émaillées, de manière automatique ou manuelle. L'émaillage permet d'éviter le craquelage de la matière (on obtient de jolies pièces toutes lisses).

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Emaillage automatique : les assiettes enduites d'émail sont soulevées avec des
ventouses et déposées sur un tapis roulant


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Emaillage manuel : les assiettes sont trempées rapidement dans un bain d'émail puis
déposées sur un tapis roulant.

Les assiettes repassent par la case "four" avec cette fois ci une cuisson à 1400°C ! A ce stade, on provoque la blancheur des pièces avec toutes les réactions chimiques qui se produisent (on imagine qu'il doit s'en passer des choses à une telle température ...).

Les pièces sont ensuite décorées et c'est là que tout le savoir-faire du personnel de cette usine entre en jeux : près de 80 personnes travaillent sur les étapes de décoration, allant de la réalisation des motifs sur ordinateur à la peinture à la main de certaines pièces (de vrais artistes !).
La décoration des pièces se fait par la pose de chromos (imaginez des décalcomanie sur assiette) ou par "peinture".
Une des étapes importantes est le choix des couleurs : il faut savoir que pour décorer la porcelaine, on ne peut utiliser que des pigments minéraux, ce qui limite les coloris disponibles d'entrée de jeu. Les chromistes doivent donc faire un travail de précision pour trouver le juste dosage entre les colorants pour obtenir la bonne couleur après la cuisson (là encore, il s'en passe des choses à de telles températures !).
Une fois les chromos réalisés, ils sont décollé de leur feuille par trempage puis glissés sur la pièce et tamponné pour enlever les bulles d'air (c'était impressionnant à voir ... on aurait tendance à penser que c'est facile vu la dextérité des employés qui le faisaient mais je doute que ce soit le cas) :

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Certains décors plus fins sont peints à la main :

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peinture d'un liseré de couleur "à main levée" !

D'autres encore sont peints au pistolet, par vaporisation, par un "robot" ou par un employé de l'usine. C'est le cas des pièces de couleurs uniformes :

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Une fois les pièces customisées de la sorte, elles repassent au four pour une 3è et dernière cuisson, à petit feu (900°C !) ou à grand feu (1300°C !), selon que l'on veuille fixer la couleur sur l'émail ou dans l'émail.

Je ne l'ai pas pas dit, mais des contrôles qualité sont faits après chacune des étapes pour écarter les pièces non conformes ...
Impressionnantes, toutes ces étapes pour fabriquer de la vaisselle, non ?

L'usine l'est tout autant : on se croirait dans une gare avec tous ces rails pour permettre aux chariots (qui supportent des tonnes de vaisselle) de circuler facilement.

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L'usine fabrique des pièces pour toutes les boutiques Guy Degrenne dans le monde et comme on peut s'y attendre, tous les pays n'ont pas les mêmes collections. Personnellement, pendant la visite, j'ai craqué sur ce gobelets destinés à aux pays nordiques :

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Dites, Monsieur Guy Degrenne, vous prévoyez de le commercialiser en France ?

En attendant, j'ai une pensée pour Budapest, l'usine d'Alföld et son personnel et la bande de joyeux bloggeurs avec qui j'ai partagé ce week-end à chaque fois que je me prépare un café :

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Ps : maintenant que j'y repense, comment fabrique-t-on les couverts ? et les verres ? ...
PS2 : si vous avez envie de visiter l'usine Guy Degrenne de Vire, toutes les infos sont là (click).